Black Sunday de Tola Rotimi Abraham

Autrement

25/08/2021

Traduit de l’anglais (Nigeria) par Karine Lalechère

336 pages

EAN : 9782746759831

Quatrième de couverture :

Bibike, Ariyike, et leurs frères Peter et Andrew tombent dans la pauvreté du jour au lendemain. Pour ces quatre enfants de la classe moyenne aisée nigériane, ce qui hier semblait acquis devient l’enjeu d’une lutte constante. Abandonnés par leurs parents, ils se réfugient chez leur grand-mère et survivent comme ils le peuvent à Lagos, ville âpre et convulsive. Si la vie est difficile pour tous, elle est particulièrement cruelle pour les deux sœurs : être une femme au Nigeria, c’est avant tout être considérée comme une proie. Proie pour les hommes, la religion, la religion des hommes. Black Sunday fait une peinture sans fard d’une société nigériane gangrénée par la corruption et met en lumière son rapport brutal aux femmes. Une lueur d’espoir vacillante, mais bien présente, sourd pourtant au milieu des pages. Avec ce premier roman, Tola Rotimi Abraham entre de plain-pied en littérature d’une écriture tranchante, sans compromis.

Mon commentaire :

Dans son premier roman, Black Sunday, la nigériane Tola Rotimi Abraham donne la parole aux quatre membres d’une fratrie abandonnée par des parents indifférents dans un Lagos sans pitié pour ceux qui n’ont pas d’argent. En alternance chacun d’eux se raconte avec simplicité, sans pathos. Des jumelles adolescentes, puis jeunes femmes, se démènent pour assurer leur subsistance et celle de leurs petits frères. On les suit des années 1995 à 2015 dans une ville qui ne fait pas de cadeau.

L’auteure dresse un constat froid, lucide, mais non dépourvu d’humour, de la société nigériane. Le carcan des traditions, l’indifférence du pouvoir, la corruption à tous les niveaux, l’hypocrisie de la religion, le machisme primaire de tous les hommes, l’inculture des femmes, régissent un quotidien où tout semble aller à vau l’eau.

Les femmes, à la merci de toutes sortes de prédateurs, sont celles qui souffrent le plus. Ce sont des femmes objets, hyper-sexualisées et conditionnées depuis toujours à travailler durement pour les hommes. Elles cherchent un soutien dans des congrégations religieuses plus ou moins fumeuses qui fleurissent dans ce pays. Les hommes n’y sont pas derniers à les écraser de leur autorité auto-proclamée.

J’ai plaint les personnages de ce roman, mais sans jamais vraiment m’y attacher. Ils me resteront cependant longtemps en mémoire. Je suis sortie assez démoralisée de ce récit africain dans lequel la morale serait-elle «Seuls les tricheurs arrivent à s’en sortir» ?

Merci aux éditions Autrement et à Masse Critique de Babelio